TROP TÔT, TROP ÉLITISTE ... l'orientation : un système à repenser !
Lors de la rentrée 1996-1997, près de 7 jeunes sur 10 d'une génération sont entrés en classes terminales préparant au baccalauréat. Ils n'étaient que 40 % il y a dix ans. Une belle évolution, certes, mais qui cache bien des gâchis : des élèves mal orientés, qui auraient mieux évolué dans des filières philosophiques plutôt que gestionnaires. "C'est le système lui-même qui est à repenser.." juge Philippe Meirieu chercheur en sciences de l'éducation et cheville ouvrière d'une consultation nationale sur les finalités du lycée : " Il est essentiellement négatif" estime-t-il. " Quand un élève est mauvais en maths, en français et, de plus en plus, en anglais, il est dirigé vers des disciplines techniques ou technologiques. Ce qui dévalorise les métiers et les orientations concernés. Quand orientera-t-on en technologie ceux qui sont forts en cette matière, et non ceux qui sont, faibles dans les autres ? " L'obligation de faire un choix trop précoce dans la scolarité est l'une des causes principales de ces mauvaises orientations. Dès la troisième, les élèves sont invités à se décider. Surtout ceux qui se destinent à une voie professionnelle dans laquelle ils s'engageront dès la rentrée suivante. Ceux qui iront en seconde générale et technologique ont une année de plus pour trancher. "Ce sont donc les élèves le plus en difficulté qui ont à faire leur choix le plus tôt ", s'étonne André Lartigau, président de l'Association nationale des directeurs de centres d'information et d'orientation (ANDCIO) et directeur d'un CIO à Besançon. "C'est un paradoxe", renchérit Philippe Meirieu. "Plus un élève est incapable de choisir, plus il doit choisir tôt. Les bons élèves, eux, ne sont jamais orientés." Problème d'idées préconçues sur les cursus techniques, mais aussi d'absence de formation aux choix dans le système éducatif. " Vous êtes dans un train qui vous amène inévitablement dans un endroit, sans avoir à choisir, accuse Philippe Meirieu. Et un beau jour, surtout si vous êtes faible et en difficulté, on vous dit: "Faites un projet personnel. " Chose que l'on ne demande pas à un bon élève de première S. " L'élève devrait pouvoir tester l'activité qu'il a choisie La
loi d'orientation sur l'éducation de 1989 le stipule : l'élève doit
être acteur de sa formation. Mais rien ne l'a préparé à cela. Tout
au long de sa scolarité, dès l'école primaire,
"il faudrait que l'élève expérimente des choix, parmi des
ateliers,
puis des options propose Philippe Meirieu. "Tant
qu'on n'a pas expérimenté la mécanique, on s'appuie sur une
représentation de cette mécanique. " Que l'élève conçoive lui-même son projet est positif, pense, quant à lui André Lartigau. "C'est une reconnaissance de son rôle d'acteur, et c'est une dynamique qui le projette vers l'avenir. Mais il ne faut pas lui faire porter le chapeau d éventuels échecs. " Tous les acteurs de l'orientation sont concernés : enseignants, conseillers, parents, élèves... Mais le système est encore trop complexe : "Il est peu lisible, non seulement pour les usagers, mais aussi pour les professionnels ", souligne André Lartigau. Selon lui, le décalage entre l'évolution de la société et le statisme du système éducatif est en cause: "J'ai l'impression que rien na changé depuis que j étais élève, or je suis près de la retraite ! " Alors, bien sûr, pour compenser ces effets, l'État a mis en couvre des moyens : des organismes (information comme les CIO, des corps de métiers comme les conseillers d'orientation psychologues... "L'éducation à l'orientation est la décision la plus porteuse d avenir", estime la directrice d'un CIO parisien . Selon elle, il suffirait de " donner du sens" aux décisions des enseignants pour que les élèves deviennent acteurs de leur avenir." Reste que ".la réussite personnelle et professionnelle n'est pas jouée à 100 % à l'école, relativise Philippe Meirieu. Le fait de militer dans des associations culturelles, sportives, de regarder intelligemment la télévision avec ses enfants contribue largement, aussi, à l'épanouissement et à la formation du futur adulte. " Victor ZAHND, |
Copyright © -Tous droits réservés - Conseil Local FCPE Brumath - mailto:fcpe.brumath@libertysurf.fr |
Dernière mise à jour : dimanche 28 avril 2002 |