FINLANDE : les premiers de l'e-classe
 
Neuf profs finlandais sur dix utilisent le Net,  et les élèves des collèges ont accès à des bancs de montage vidéo ou à des réseaux de visio-conférence. Bref, dans le Grand Nord, les enfants grandissent avec la technologie. Reportage à Tampere

On connaissait la voiture reliée à l'internet, mais pas l'autobus ! À Tampere, troisième ville de Finlande et coeur industriel du pays, la municipalité est en train d'équiper un vieux bus de onze ordinateurs multimédia connectés au web, le Nettinysse. Traduction approximative : Tacot-internet. Pour le ramassage scolaire de têtes blondes branchées? Pas du tout. Elina Harju, chef du projet, attend les exclus du web : les seniors et les plus pauvres. Pour les autres, l'informaationkuilu (la fracture numérique) c'est du passé !

Voire la préhistoire : dès 1984, les universités finlandaises étaient reliées entre elles par Funet, l'un des premiers réseaux informatiques en Europe. La connexion des écoles, impulsée parle gouvernement, a commencé timidement à ce moment-là. Mais le véritable coup d'envoi de cette opération d'envergure eut lieu en 1996. Depuis, le gouvernement a débloqué 170 millions de markkas (187 millions de francs) pour brancher les marmots. Chaque municipalité a reçu un budget, qu'elle a doublé grâce à ses propres deniers, et s'est chargée d'acheter les ordinateurs, d'installer le réseau, de former les professeurs et les techniciens de maintenance... Une méthode décentralisée efficace : avec 90% d'écoles connectées et 92 % de professeurs qui utilisent le Net, la Finlande caracole en tête des statistiques de la Commission européenne.

En maths comme en histoire-géo, tous les enfants doivent chercher des informations sur l'internet,  

Kaukajärvi est un collège typique de la banlieue de Tampere. Les 400 élèves de 12 à 16 ans (âge à partir duquel l'école n'est plus obligatoire) qui y étudient et les 35 profs qui les cornaquent sont royalement équipés : quatre salles d'informatique, 68 ordinateurs connectés... Il y a même un réseau télévisé interne pour permettre à Jari Ikola, le proviseur, d'envoyer des messages dans chaque classe, et un banc de montage vidéo pour les Spielberg en herbe. Le tout en accès libre. "Une ou deux fois par an, il se produit un dérapage, admet Jari Ikola. Mais nous refusons de placer un prof derrière chaque élève. "

L'objectif de Kaukajärvi est simple : faire en sorte que chaque gamin intègre au moins les bases (*) des technologies l'information . Car à partir de 14 ans, les élèves sont incités à surfer intensément dans le cadre  (*) le cours d'informatique, d'une demi-heure par semaine, permet d'apprendre à se servir des outils bureautiques, du web et de l'e-mail
des neuf options hebdomadaires qui leur sont proposées (sur un total de trente cours par semaine). Le choix est vaste, de la programmation aux cours de maths à distance, en passant par la leçon à laquelle nous avons assisté, " Parcourir le monde grâce à l'ordinateur". Kaisa Lappalainen, la prof d'histoire-géo, fait la leçon en collaboration avec son collègue, enseignant en informatique. Au menu : huit semaines de boulot, avec à la fois des exercices en classe (miniquiz, composés par Kaisa, obligeant les étudiants à chercher en ligne des informations sur Byzance ou Copenhague, rédactions...) et un projet personnel mené en parallèle.

Tommy réalise en classe un site sur l'Alpe-d'Huez

Tommy, un solide blondinet à l'allure sportive, a choisi de réaliser un site sur les stations de sports d'hiver. Il a même consacré une page à l'Alpe-d'Huez, sur laquelle sont soigneusement consignées les dénivelées, le nombre de pistes, de remontées mécaniques, etc. Quelques photos, et le tour est joué.

Antti, un ado de 15 ans, a préféré rédiger la chronique de son voyage virtuel de Tampere à Sydney via Londres. Sympa. Utile aussi ? Antti a nettement l'impression de perdre son temps dans ce cours. " Je surfe beaucoup chez moi, je joue souvent en ligne à Counter Strike, je chatte... Tout ce qu'on fait en cours, je savais déjà le faire ", regrette-t-il. " Il est vrai que, dans chaque classe, il y a quelques élèves qui en savent plus long que le prof sur l'internet, note Tari Ikola. 

" On doit accepter de temps en temps de se faire remettre à niveau par un collégien ", admet une prof

Dans ces conditions, nous ne pouvons pas nous permettre de faire des cours magistraux. On doit même accepter de temps en temps de se faire remettre à niveau par un collégien. . . " Pourtant, Mme Lappalainen, un de ces quelques profs " remis à
niveau ", n'est pas novice elle possède son propre micro-ordinateur depuis sept ans.
Sept ans, c'est l'âge des élèves de l'Institut franco-finlandais de Tampere auxquels Frédéric Caladas apprend à écrire. En attendant d'en savoir plus
sur les pleins et les déliés, les mioches surfent. Annika nous explique gentiment comment faire : "C'est facile. Quand c'est souligné, ça veut dire qu'on peut cliquer. " La classe compte une petite vingtaine de marmots plutôt remuants. Impossible, bien sûr, de les coller tous devant l'unique ordinateur de la salle. Frédéric Caladas
donne donc à chacun un petit exercice de calcul à 
La classe de CP de l'Institut franco-finlandais de Tampere lest équipée d'un système de vidéoconférence pour communiquer avec deux autres classes, à Londres et à Aix-en-Provence. Ce matin, la liaison est rompue. Annika, Milja, Ociane et Erika en profitent pour se filmer avec la webcam.
résoudre, et demande à quatre volontaires de nous montrer ce qu'ils savent faire avec leur Macintosh. Les volontaires sont des fillettes; les garçons préfèrent s'absorber dans l'addition de carottes... qui disait que l'informatique n'était pas faire pour les filles ?

En voyant l'ordinateur comme un jouet, ils se l'approprient

Annika, Milja, Ociane et Erika commencent donc par lancer un CD-Rom de jeux éducatifs. Visiblement, elles connaissent, puisqu'en dix minutes elles ont fini les exercices. Le temps de chahuter un peu, il est l'heure de dialoguer en ligne avec les gamins d'une maternelle d'Aix-en-Provence. D'habitude, les enfants discutent aussi avec des élèves de Londres, mais ces derniers commencent les cours plus tard. Et comment se parlent-ils? " On va faire une vidéoconférence, lance Ociane, âgée de 6 ans, sérieuse comme un pape. Comme ça, les gens nous voient, on les voit aussi, et on peut discuter. " 

Seul problème, la vidéoconférence ne fonctionne plus : à Aix, le frère de Frédéric Caladas, instituteur lui aussi, ne parvient pas à se connecter. La veille, des techniciens de l'Éducation nationale ont procédé à une démonstration dans son école pilote, réussie, certes... mais ils ont changé les paramètres de son système sans se soucier de les rétablir à l'issue de leur passage ! De ce côté de la Baltique, la panne n'est pas une bonne nouvelle pour Frédéric Caladas. Pendant qu'il essaie de résoudre le problème avec son frère au téléphone, les têtes blondes ont fini leurs exercices et réclament un peu plus d'attention. Et il paraît que l'ordinateur simplifie le travail des profs !... Privées de vidéoconférence avec les copains d'Aix, les quatre gamines en profitent pour se filmer mutuellement à l'aide de la webcam, avec grimaces, cris, fous rires. Elles considèrent avant tout l'ordinateur comme un jouet. " Pour des enfants aussi jeunes, on ne peut pas parler d'enseignement assisté par ordinateur, explique Frédéric Caladas. L'objectif principal, c'est de leur apprendre à se servir d'une souris et, surtout, éviter qu'ils aient peur de la machine et fassent un blocage. "

L'e-learning  va permettre de pallier le manque d'enseignants dans certaines Iangues étrangères.

Et qu'en est-il de l'enseignement via l'internet, le fameux e-learning ? Le concept a son intérêt dans un pays dont la surface est égale aux trois cinquièmes de celle de la France... mais qui ne compte que 5,2 millions d'habitants. Avec le web, les Finlandais pensent avoir trouvé la solution au problème des écoles isolées, en manque de professeurs. Le réseau Povilus apporte un début de réponse.

Douze collèges et lycées (des écoles primaires y adhéreront à la rentrée prochaine), 2 000 étudiants et 150 profs sont reliés entre eux, par un système de classe virtuelle conçu par la société R5 Vision. "Dans le nord de la Finlande, il est très compliqué d'avoir des professeurs qualifiés dans chaque établissement, notamment en langues étrangères, constate Tarja-Ritta Hurme, chercheur et responsable du projet Povilus. Avec notre système, on peut constituer un groupe d'une poignée d'étudiants, qui communiqueront avec un professeur enseignant à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux ". "À terme, nous pensons que 30% des étudiants seront concernés par cette forme d'enseignement à distance " , pense Jari Koivisto, du National Board of Education (la tête chercheuse de l'Éducation nationale finlandaise). À quand un premier prix de concours général de français en plein coeur de la Laponie? " Cela viendra " , promet-il.

Même en Finlande, la folie du SMS menace l'orthographe 

Sûr ? Dans le pays, le téléphone portable est roi. 73 % des Finlandais en ont un. Et dans la classe du collège Kaukajärvi que nous avons visitée, seuls trois élèves sur dix-sept n'avaient pas leur propre mobile. Résultat: un utilisateur envoie en moyenne 250 mini messages (SMS) par an (de quatre à cinq fois plus qu'en France)! Même Jari Koivisto l'avoue: " Quand je veux laisser un message à mes enfants, je leur envoie un SMS. Ils ne lisent pas leurs mails. " Signe extérieur de modernisme éloquent, mais les enseignants reconnaissent que cette folie du mini-message n'est pas sans danger pour l'orthographe et la grammaire. On imagine ce que peuvent donner en finnois les dialogues du genre: " Je pe allé ché 1 cop 1 ? " " Fini T 2voirs dabor ! " Pour le premier prix du concours général, il va peut-être falloir attendre...

source : Newbiz septembre 2001 

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 Dernière mise à jour :  samedi 21 décembre 2002