Le
rapport de la commission Stasi est dense et de grande
qualité. En examinant le principe de la laïcité dans
toutes ses dimensions - service public et monde de
l’entreprise - en abordant également l’ensemble des
aspects éducatif, juridique et social, il répond
à la mission confiée par le Président de la République.
Il
prend en compte l’évolution de la société française
et la diversité des croyances religieuses et
philosophiques.
Il
inscrit bien le principe de laïcité dans le cadre des
valeurs républicaines - liberté, égalité,
fraternité - et dans la lutte contre toutes les formes
de discrimination : ségrégation sociale et
scolaire, inégalités économiques, inégalités liées
au sexe, aux origines, etc.
Mais
ce rapport donne l’impression de se focaliser sur la
seule religion musulmane et sur les risques que celle-ci
ferait encourir à la société française au travers de
dérives fondamentalistes, certes réelles, mais surévaluées.
N’a-t-on pas parfois cédé à l’émotion suscitée
par certains témoignages «d’acteurs de terrain » ?
N’a-t-on pas répondu principalement et uniquement à
la question du voile à l’école ?
Le
rapport tend par ailleurs à absoudre les autres
religions de tout agissement intégriste, laissant
accroire qu’elles ont parfaitement intégré la laïcité.
C’est faire fi des pressions répétées des églises
ou de groupes extrémistes en leur sein pour imposer
leurs options à l’Etat et à la société tout entière.
On peut trouver surprenant le silence assourdissant sur
les phénomènes sectaires.
Il
n’échappe pas à une contradiction de fond :
tout en prônant un espace scolaire qui doit rester un
lieu d’intégration, de liberté et d’émancipation,
il propose l’adoption d’une loi exigeant préalablement
l’interdiction de signes religieux qualifiés a priori
d’ « ostensibles ».
Tout
en affirmant la nécessité d’éduquer aux principes
laïques, il envisage d’exclure ceux-là mêmes qui
devraient bénéficier de cette éducation et en somme
de sanctionner les victimes. Nous aurions aimé y lire
des propositions sur l’éducation des garçons au
respect des filles.
Ainsi,
il renvoie celles et ceux qui souhaiteraient exprimer
leurs convictions sans volonté de prosélytisme vers
des écoles privées confessionnelles qui
constitueraient alors le seul espace de liberté.
C’est
dénier à l’école publique son rôle éducatif,
l’obligation qu’elle a d’accueillir tous les
jeunes sans distinction. Or, l’école publique est
bien la seule école libre parce qu’elle est laïque.
La
proposition d’une loi interdisant également les
signes d’engagement politique, philosophique ou pour
une cause particulière porte en germe une restriction
des droits des lycéens, droits inscrits dans la loi
d’orientation pour l’éducation et qu’il faut préserver.
Or, l’engagement des jeunes doit être encouragé et
valorisé. Les ministres de l’Education nationale et
de la famille en font l’un des axes forts de leur
politique.
Alors
que le rapport affirme ne plus pouvoir laisser les chefs
d’établissement arbitrer seuls sur les signes
religieux, il est très flou sur la définition des
signes politiques ; chaque établissement devra
arbitrer. N’y a-t-il pas là une contradiction supplémentaire ?
In
fine, seules les marques commerciales et publicitaires
auront droit de cité dans l’école. Ne doit-on pas
aussi en protéger les jeunes ?
Les
concessions proposées aux religions sous forme de jours
de congé supplémentaires ou par le développement des
aumôneries ressemblent fort à un simple marchandage
destiné à compenser la restriction des libertés
qu’une éventuelle loi pourrait instituer.
Comment
peut-on à la fois combattre toute expression « ostensible »
des religions tout en préconisant le développement
des aumôneries qui sont à la fois une atteinte
objective à la laïcité de l’école et une
manifestation avérée de prosélytisme ?
Si
le rapport embrasse bien tous les champs de la société
et des services publics, les seules propositions précises
qui pourraient faire l’objet d’une loi ne concernent
que l’école.
La
commission affirme l’obligation d’une égalité de
traitement mais préserve de toute contrainte les établissements
d’Alsace Moselle, de Guyane, de Mayotte et surtout les
établissements privés sous contrat, dont les représentants
et le gouvernement se plaisent à rappeler qu’ils sont
investis d’une mission de service public !
N’est-ce
pas contradictoire avec la proposition du rapport : « ces
obligations de neutralité devraient être mentionnées
dans les contrats conclus avec les entreprises délégataires
de service public ou celles concourant au service public » ?
Si
le rapport pose clairement la question sociale, en
revanche une loi interdisant les signes « ostensibles
» dans la seule école publique ne règle en rien les défis
et les enjeux de l’intégration et du respect des
populations issues de l’immigration dans une société
laïque permettant à tous de vivre ensemble.
Contact
presse : Laurence Guillermou – Tél : 01 43 57 16 16
|