Le débat national au collège de Brumath : question n°6
 

Question n°6 : Comment l'Ecole doit-elle traiter la diversité des élèves ?


Composition du groupe de réflexion : 7 parents, 0 élèves, 7 enseignants /éducation (total 14) ; rapporteur : enseignant ; secrétaire : enseignant

Les causes de la diversité

Nous avons dans un premier temps tenté de définir le concept de `diversité', central à la question de départ. Nous avons ainsi été amenés à distinguer deux types majeurs de diversités : une diversité sociale et une diversité de moyens.

La difficulté majeure que nous avons rencontrée dans le traitement du premier type fut l'explicitation de critères pertinents permettant de mesurer la diversité sociale des élèves. Nous avons retenu la catégorie socioprofessionnelle (CSP) des parents et le langage des élèves, conscients qu'une réflexion plus approfondie aurait risqué de verser dans la caricature. 

Toutefois, le groupe a souligné la pertinence de la création d'une équipe qui serait chargée d'effectuer un suivi d'orientation pour définir, à partir d'un outil statistique par exemple, la relation entre la CSP des parents et le parcours scolaire des enfants, selon le modèle d'études publiées au milieu des années 80 (P. Bourdieu, La reproduction.)

Le deuxième type de diversité retenu fut l'inégalité entre les enfants en termes de moyens, qu'ils soient intellectuels et manuels, matériels, ou financiers. Tout d'abord, les enfants ne sont pas égaux devant le savoir. Certains apprennent vite, d'autres plus lentement. Certains sont dotés d'une morphologie propice à la pratique d'une activité sportive, d'autres non. Ces différences ont pour conséquence une forte diversité dans le groupe classe.

La question de la diversité des moyens, si elle est observable dans la salle de classe, se poursuit également dans la sphère familiale où, là encore, les enfants ne sont pas tous égaux. II existe par exemple de nombreux foyers où l'on ne parle pas français, ce qui représente un handicap certain pour ces élèves qui ne peuvent bénéficier d'aucun soutien à la maison. 

De même, chacun ne dispose pas des mêmes moyens et outils de travail (ordinateur, livres, accès internet). Ces inégalités en termes de moyens, -qu'ils soient intellectuels et manuels ou matériels- se traduisent par des groupes classes hautement hétérogènes.

Voilà donc pour ce que nous avons pu identifier comme étant les causes de la diversité des élèves à l'école. La deuxième partie du débat fut tout naturellement consacrée à la recherche de solutions possibles pour tenter de remédier à cette même diversité.

Les solutions possibles

Nous avons d'abord remarqué que la mission de l'enseignant était d'exploiter la diversité des élèves. L'aptitude à repérer les capacités de chacun et à permettre à chaque élève de les utiliser au mieux relève en effet du travail du pédagogue. Cette mission personnelle sera d'autant mieux accomplie si l'Ecole propose un environnement propice au traitement de la différence entre les élèves. 

Parmi les idées retenues par le groupe pour tenter de remédier à la diversité des apprenants et donc à l'hétérogénéité des classes figurent :

  • un retour aux "filières" : répartir les classes en groupes de niveaux

  • la pratique d'une pédagogie différenciée par le professeur: cette méthode, qui n'est pas nouvelle, présente deux difficultés : sa mise en oeuvre dans des classes à effectifs de plus en plus nombreux et la question de l'évaluation (comment concevoir différents parcours d'apprentissage pour une évaluation unique, de type Brevet des collèges ou baccalauréat ?)

  • l'élargissement des cycles d'apprentissage : le groupe propose ici de découper les cycles en unités d'apprentissage plus larges, avec, au terme de chacune, des savoir-faire précis à acquérir par l'apprenant (la 6ème, par exemple ne ferait plus l'objet d'une année unique mais serait associée à la 5ème dans un cycle d'apprentissage plus long et donc plus souple pour l'élève) ;

  • la multiplication des passerelles entre les différents enseignements pour que chacun puisse s'essayer à divers apprentissages et ainsi pouvoir exploiter sa différence, sans pour autant que ces choix ne soient irréversibles (prévoir plus de moyens de réintégration d'un cursus général après un essai en établissement professionnel par exemple). Si les passerelles mentionnées existent déjà, il s'agira de les multiplier et surtout de les valoriser en luttant contre la hiérarchisation des filières dans l'optique d'une meilleure exploitation des différences qui existent entre les élèves 

  • Une révision des dates de vacances d'été : le groupe a proposé de raccourcir les congés d'été pour proposer des ateliers de travail aux élèves, sur le principe de " l'école ouverte " qui existe déjà dans certaines Zones d'Education Prioritaire

  • Une plus grande autonomie pour les collèges 

  • Le développement d'un partenariat avec d'autres institutions de la ville (mairie, bibliothèque, assistante sociale, corps médical, associations sportives) pour lutter contre l'inégalité de moyens élucidés dans la première partie de ce rapport ;

On l'a bien compris, l'Ecole se trouve prise dans de nombreuses tensions et contradictions. Parmi celles-ci, le dilemme que pose la mission de satisfaire aux besoins d'une société définie tout en réduisant la diversité des apprenants. Un exemple précis illustre de telles tensions : les élèves de 4ème ont la possibilité d'effectuer des stages en entreprise à raison de 10 semaines dans une année scolaire mais doivent se remettre au niveau du reste de la classe lorsqu'ils réintègrent cette dernière. 

Cet exemple est symptomatique des difficultés qui existent lorsque l'on tente de répondre au problème de la diversité des classes, un objectif qui semble d'autant plus difficile à atteindre à l'heure où la liste des missions de l'Ecole ne cesse de se rallonger (prévention routière, sensibilisation aux MST, éducation civique...) et que le temps fait de plus en plus défaut. D'après le groupe, l'enseignement agricole, de part les conditions d'apprentissage qu'il offre à ses candidats, semble être le mieux placé sur la voie du traitement de la diversité des élèves.

Nous espérons toutefois que les pistes de réflexion listées ci-dessus mériteront d'être étudiées et qu'elle serviront dans la construction d'un vrai collège unique pour tous, au sein duquel il ne s'agira pas d'éradiquer la diversité mais de l'exploiter au mieux, en fonction des aptitudes de chacun, et ce dans l'intérêt de tous les acteurs de la communauté éducative.

 

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 Dernière mise à jour :  samedi 28 février 2004