Dire "NON" à son enfant
 
Il ne faut pas craindre le conflit pour poser les limites : dire "non" à son enfant est un acte éducatif nécessaire. Loin de traumatiser l'enfant, lui dire non est nécessaire à la construction de sa personnalité. Même si ce n'est pas toujours facile ...

Dire non à un enfant ou un ado, refuser d'accéder à ses désirs, ne pas céder, est une mission bien difficile pour un parent. Et pourtant, loin de générer des frustrations ou des rancoeurs, le « non » est un mot indispensable, qui prépare l'avenir.  «Dire non, ce n'est pas nier ou humilier l'autre. C'est, au contraire, lui montrer qu'on le croit fort et capable. " Non " est le corollaire de " oui " : l'un ne va pas sans l'autre », explique la pédopsychiatre Asha Phillips, dans son ouvrage Oser dire non. « i1 faut très tôt fixer des limites aux enfants, car ils en rencontreront tout au long de leur vie », confirme Jean-François Mas, psychologue et thérapeute familial à Angoulême. Le « non » permet de poser des repères, et de faire l'apprentissage de l'existence.

« La nécessité de savoir dire non devient évidente lorsque l'enfant commence à marcher. Un enfant qui devient mobile affronte de plus nombreux dangers et le problème de la discipline se pose de façon plus pressante », assure Asha Phillips. La première raison de poser des limites, c'est donc d'assurer la sécurité physique de l'enfant. En lui interdisant de jouer avec des objets dangereux (allumettes, couteaux, prises de courant...), les parents protègent son intégrité physique. 

Si les interdictions sont sources de désagréments pour les petits, elles véhiculent aussi, et surtout, les notions de protection et de valorisation. « Pour l'enfant, les limites qui lui sont imposées sont des obstacles parfois irritants, mais ce sont aussi des barrières de sécurité à l'intérieur desquelles il se sent à l'abri », poursuit-elle. Car « savoir que quelqu'un est prêt à affronter votre colère pour votre bien ajoute  à votre sensation de sécurité ». Il est également important que les  parents ne fassent pas toujours les choses à la place de l'enfant, ne cèdent pas à ses moindres caprices,  afin qu'il puise dans ses ressources personnelles pour surmonter le « non » . Car, en ne confrontant  jamais son enfant au refus, on lui donne une vision erronée de la vie. Cela risque de le rendre incapable d'affronter le moindre problème.

À l'adolescence, les relations entre le jeune et ses parents se modifient. Sa perception du « non » est par conséquent différente. « Pour l'adolescent, s'opposer est un moyen de se construire. Imposer des limites précises est toujours indispensable, mais il faut rester ouvert à la négociation. S'il est courant que le jeune conteste tout et remette sans cesse en question ce que lui disent ses parents, il faut néanmoins lui expliquer que certains points ne sont pas discutables. Pour s'appuyer, les parents doivent faire appel à des notions extérieures à l'espace familial, comme la loi. Par exemple, aller l'école jusqu'à seize ans est obligatoire. Ce n'est pas négociable, parce que c'est la loi. Par des exemples concrets, on peut ramener l'ado à la réalité, et lui faire comprendre la nécessité des règles »  indique  Jean-François Mas.  

Quand un enfant s'oppose 

« Mon enfant s'oppose. Que dire ? Que faire ? » Le titre  de l'ouvrage de la pédopsychiatre Gisèle George montre  bien le désarroi que peuvent provoquer chez les parents les attitudes d'opposition de leur enfant. Avec ce guide pratique, vous trouverez des réponses aux questions que l'on se pose habituellement : quels sont les ressorts psychologiques de l'opposition ? Comment réagir, en fonction de l'âge et de la personnalité de l'enfant ? quels sont les moyens de faire face efficacement  et sans culpabiliser ? Des conseils pratiques pour agir au quotidien sont également proposés. 

En disant non à un enfant, les parents doivent être prêts à en affronter les répercussions. Car même s'il a besoin de ce refus, l'enfant exprimera malgré tout sa frustration par la colère, les cris, les pleurs, l'agressivité ... Des réactions que certains parents ont du mal à supporter. Ils sont alors tentés d'éviter à leur enfant la moindre contrariété. Un comportement qui s'ex plique facilement : « Les parents ont peur du conflit. ils craignent que leurs enfants ne les aiment plus. Et pourtant, l'enfant ne vit pas  "non" comme absolument négatif. Car en lui disant non, on le pose en  tant que sujet, ce qui le valorise et le sécurise. Au contraire, lorsqu'on lui dit toujours oui, l'enfant n'exis te pas comme sujet à part entière » , précise Jean-François Mas.  
Dans son livre Parents, osez dire non !, le psy chanalyste et pédopsychiatre Patrick Delaroche explique que « les parents ne redoutent pas seulement la perte d'amour de la part de l'enfant. Ils craignent aussi de quitter le pié destal sur lequel il les a placés et de paraître quelconques à ses yeux ».

Dire oui à tout mène à des situa tions catastrophiques, même si les appréhensions liées à l'opposi tion avec l'enfant sont bien com préhensibles. « Si on ne dit jamais non à un enfant, il est dans la toute- puissance : il pense qu'il peut tout avoir, tout faire, qu'il est le centre du monde.
Ne pas avoir de limites en général implique de ne pas avoir de limites par rapport aux autres. Cela entraî ne des difficultés relationnelles, surtout face aux adultes qui ont l'autorité (police, professeurs...)»
confirme Jean-François Mas. 

Patrick Delaroche estime « que tous les troubles légers ou graves de l'en fant proviennent d'un défaut d'in terdit (à ne pas confondre avec la punition), depuis l'instabilité courante jusqu'aux troubles graves de la personnalité ». Dire non est donc essentiel pour permettre aux enfants de se construire et de s'épanouir... et aux parents de se faire respecter.

Bibliographie

Patrick DELAROCHE
Parents, osez dire non !
Albin Michel, Paris 1996
 
Gisèle GEORGE,
Mon enfant s'oppose, que faire ?
Odile Jacob, Paris 2002
 
Asha PHILLIPS,
Osez dire non,
Marabout, Paris, 2000
 
Barbara UNELL, Jerry WYCKOFF,
Se faire obéir sans crier,
Marabout, Paris 2002

Elodie AGIN

Source : La revue des Parents (octobre 2002)

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 Dernière mise à jour :  dimanche 16 novembre 2003