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Améliorer
le système éducatif pour que tous les jeunes soient bien formés …
c'est l'objectif de tout ministre de l'éducation nationale. Jack LANG a
choisi, pour cela, de mettre l'accent sur des pédagogies différentes.
Interview de Adeline Laffitte, pour le magazine Questions de Femmes |
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Comment expliquez-vous que 37.000 élèves quittent l'école chaque année sans qualification ? Ce sont des jeunes qui, pour des raisons sociales, familiales ou psychologiques, à un moment de leur scolarité, rejettent violemment l'école. Ils entrent alors dans une spirale qui, d'absence en absence, les amène à une scolarité si accidentée et à de tels problèmes de niveau qu'ils décrochent un jour. Le système éducatif n'a-t-il pas sa part de responsabilité aussi ? Il y a cinq ans, c'était le double d'élèves qui sortaient de l'école sans qualification ! Le système éducatif a donc plutôt contribué à faire diminuer ce chiffre. Mais il est vrai qu'il n'est pas encore parfait. Le moment déterminant de la scolarité c'est le début, car le sentiment d'échec vient parfois dès la maternelle et l'élémentaire. A la prochaine rentrée, je mettrai donc en place, en, grande section de maternelle, un système de dépistage des enfants dont l'expression orale est encore faible pour leur âge. Les enfants seront également évalués à l'entrée de l'élémentaire. Enfin, il faut continuer l'apprentissage de la lecture et de l'écriture au delà des deux premières années d'école élémentaire. La langue est notre maison commune, il faut la construire solidement. Que proposez-vous aux jeunes qui ont déjà "décroché"? Il faut, pour ces jeunes, prévoir toute une palette de dispositifs, du "cousu main" : c'est notre "programme nouvelles chances", regroupant différentes initiatives. Par exemple, les classes relais permettent à ceux qui sont démotivés de reprendre souffle, tout en restant dans le cadre scolaire. Pour ceux qui ont quitté un établissement, à l'occasion d'un déménagement, et n'ont plus donné de nouvelles, nous avons lancé, sur six sites, des expérimentations que nous avons appelées "opérations perdus de vue". Avec les services sociaux et la Protection Judiciaire de la Jeunesse, nous essayons de les retrouver pour les convaincre de refaire un essai à l'école. Pour d'autres encore, des mesures de soutien et d'aide seront suffisantes. Et puis nous allons engager une refonte des CAP qui permettra d'obtenir cette qualification en plusieurs fois, en capitalisant des unités comme pour les diplômes universitaires. Vous avez mis "l'innovation" au cœur de votre programme de travail. Qu'entendez-vous par là ? L'innovation est, pour moi, l'un des moteurs essentiels de la transformation de notre système éducatif? Il s'agit donc d'utiliser judicieusement et largement les pratiques originales et efficaces de certains enseignants. Ce sera le travail du conseil national de l'innovation pour la réussite scolaire, créé à l'automne dernier et chargé de repérer et faire connaître ces méthodes pédagogiques. Le système éducatif est prêt, je crois, à évoluer en profondeur. Je suis sûr qu'avec du temps, de l'obstination et des projets bien construits et mis en œuvre, on peut transformer notre école. On entend parler d'une dizaine de collèges expérimentaux pour la rentrée 2001. Ces établissements semblent être destinés aux élèves dits "décrocheurs". De quoi s'agit-il vraiment ? J'ai souhaité que des projets très novateurs puissent voir le jour dans notre système sous forme d'établissements innovants. Ce serait un secteur d'expérimentation qui irait le plus loin possibles dans les audaces pédagogiques, afin de sortir de notre moule, trop souvent rigide. Ces établissements ne son nullement destinés aux seuls élèves décrocheurs. Il se trouve que les trois premiers qui sont nés ont cherché à répondre à des problèmes de ce type d'élève. Cela était lié au fait que les projets des équipes étaient prêts pour la rentrée 2000. Pour la rentrée 2001, les collèges et les écoles innovants seront bel et bien ouverts à tous les élèves, nullement étiquetés en échec, et ils mettront en place des processus d'apprentissage originaux. Le collège unique n'est-il pas un concept dépassé ? Le collège unique est un bel idéal qui a constitué un progrès démocratique. Il a pour corollaire une hétérogénéité des élèves, tout en gardant un souci d'exigence vis-à-vis du savoir qui n'a pas forcément à être uniforme. L'ossature commune de ce savoir reste la langue. Pourquoi rouvrir des internats en collège ? Loin de l'image négative des "internats - maison de correction" ou de la "pension - punition", nous pensons qu'aujourd'hui l'internat peut s'avérer un atout déterminant pour la réussite scolaire et l'intégration sociale. A la condition toutefois qu'il ne soit réservé ni à ceux qui connaissent l'échec scolaire ni à une supposée élite. L'internat que nous souhaitons développer doit être ouvert à tous ceux qui, pour des raisons diverses, en éprouvent le besoin. Je pense par exemple à des enfants ballotés entre des parents qui se déchirent ou qui se séparent : ils en font souvent la demande. Pour tous, l'internat peut représenter un cadre structurant, une garantie de stabilité et d'équilibre psychologique, mais aussi un cadre stimulant et mobilisateur : on observe très souvent une amélioration des résultats scolaires des élèves internes. L'internat représente également une véritable école de la camaraderie, de l'amitié, de la vie en société, un lieu où les élèves peuvent apprendre à devenir autonomes autant que solidaires. L'internat peut enfin, dans certains cas, se révéler un moyen efficace de prévention des risques de violence, le cas échéant, la rupture avec des phénomènes de "bandes". Depuis janvier 2001, les TPE (Travaux Personnels Encadrés) ont été généralisés dans les classes de première. De quoi s'agit-il ? Les travaux personnels encadrés reposent sur cette idée que les connaissances sont d'autant mieux intégrées que l'élève a engagé une démarche personnel de recherche. L'élève a, à ses côtés, les enseignants d'au moins deux disciplines, pour le guider, le conseiller, assurer ce rôle essentiel de médiation vers le savoir, mais il reste l'acteur principal. La culture tient une part importante dans votre vision de l'éducation. Pourquoi ? L'éducation artistique et culturelle est trop souvent négligée, or elle est le complément nécessaire des enseignements dits "rationnels". En faisant appel à des démarches de projet, de recherche et de créativité, elle offre aux élèves des expériences gratifiantes, qui mettent en valeur la l'émotion et la sensibilité de l'individu, tout en suscitant un désir de connaissance. Enfin, l'éducation artistique et culturelle développe l'esprit de tolérance, parce qu'elle est ouverture à l'autre, affirmation de l'originalité, respect de le différence. Comment intégrer la culture et les arts dans un emploi du temps déjà très chargé ? Il est prévu d'intégrer des classes à projet artistique et culturel dans les programmes et horaires habituels de la classe, sous la responsabilité d'un enseignant, et en collaboration avec un artiste ou un professionnel de la culture. De cette façon, l'emploi du temps de l'élève ne sera pas alourdi.
Propos recueillis par Adeline Laffitte, pour le magazine Questions de Femmes |
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Dernière mise à jour : dimanche 28 octobre 2001 |